Et si une attraction pouvait couper ses stroboscopes, retenir son jet d’eau ou adoucir sa chute uniquement pour vous ? C’est l’idée que Disney décrit dans une demande de brevet publiée le 20 août 2026 par l’Office américain des brevets (USPTO). Le document, intitulé « Personalized Notification of Attractions Including User Preferences or Aversions » (publication US 2026/0245439 A1, demande n° 19/054,432 déposée le 14 février 2025 par Disney Enterprises, Inc.), imagine un système qui connaît les aversions de chaque visiteur et adapte l’expérience en conséquence.
Le même jour, l’USPTO a publié une seconde demande de Disney, « Opportunistic Projection Onto Dynamic Light Reflective Material » (US 2026/0246909 A1, déposée le 20 février 2025), qui s’intéresse cette fois aux projections sur des supports mouvants comme la fumée, la brume ou les retombées de feux d’artifice. Deux textes repérés par Robert Niles sur Theme Park Insider.
Précision indispensable avant d’aller plus loin : une demande de brevet n’est pas une annonce. Disney dépose chaque année des dizaines de dossiers de ce type, et une bonne partie ne se retrouve jamais dans un parc. Rien n’indique à ce stade qu’un tel système soit prévu à Disneyland Paris ou ailleurs.
Un profil d’aversions renseigné dans l’app du parc
Le point de départ du brevet est simple : les panneaux d’avertissement à l’entrée des attractions ne couvrent pas toutes les situations. Disney propose donc que chaque visiteur renseigne, via un smartphone, une tablette ou une montre connectée, la liste de ce qu’il préfère éviter. La figure 3A du document montre un écran avec quatre cases à cocher : « Dark Scary Scenes », « Flashing Lights », « Confined Spaces » et « Sharp Turns & Drops ».
La description va bien plus loin. Le texte cite les flashs lumineux à haute fréquence, les serpents, les araignées, le sang, les cris, les grossièretés, les odeurs, les jets d’air chaud ou froid, l’eau, les vibrations, mais aussi la vitesse, l’accélération, les chutes soudaines, le roulis, le tangage et le lacet du véhicule, ou encore la sensation d’être enfermé dans un espace confiné. Le volume sonore est lui aussi mentionné comme critère à part entière.
Prévenir, puis adapter l’attraction en temps réel
Le système compare ensuite ce profil aux données fournies par chaque attraction. Trois niveaux d’action sont décrits. Le premier est l’information en amont : l’app signale les attractions qui contiennent un élément redouté, et peut même indiquer où s’asseoir dans le véhicule pour être le moins (ou le plus) mouillé. Le deuxième intervient pendant la visite : si le visiteur décide malgré tout d’embarquer, le système anticipe le moment de la scène problématique et l’alerte juste avant, sur son téléphone ou sa montre.
Le troisième niveau est le plus ambitieux. Lorsque l’attraction le permet, le système lui envoie des « données de modification » pour que l’effet soit renforcé, atténué ou carrément supprimé pendant le passage du visiteur concerné. Robert Niles donne deux exemples concrets : un jet d’eau qui ne se déclenche pas sur la personne qui ne veut pas être mouillée, ou un stroboscope éteint lorsqu’un visiteur photosensible est présent. Le brevet évoque aussi un contenu de substitution affiché sur l’appareil du visiteur le temps de la séquence.
Accessibilité : qui pourrait en profiter ?
Sur le papier, le dispositif répond à des besoins très réels. Les personnes photosensibles, pour qui les stroboscopes de Star Wars Hyperspace Mountain ou de certains parcours scéniques sont rédhibitoires, pourraient enfin embarquer sans crainte. Les visiteurs sujets aux phobies (claustrophobie, peur des araignées ou des serpents) sauraient exactement à quoi s’attendre, et à quel moment. Les familles y trouveraient aussi leur compte : un enfant impressionnable pourrait découvrir Phantom Manor ou Pirates of the Caribbean avec les scènes les plus sombres adoucies, et un parent recevrait l’alerte avant la chute.
Les personnes neuroatypiques, sensibles au volume sonore ou aux odeurs, sont elles aussi concernées par la liste du brevet. Reste la question de la faisabilité, soulevée par les lecteurs de Theme Park Insider : comment neutraliser un effet pour une seule personne quand seize autres partagent le même bateau ou le même wagon ? Le document ne détaille pas comment isoler un visiteur du reste du véhicule.
Second brevet : projeter sur la fumée et les nuages
La seconde demande publiée le 20 août prend le problème à l’envers. Il ne s’agit plus de faire varier l’expérience selon le visiteur, mais de garantir une image stable quand le support de projection, lui, bouge. Signée notamment par Lanny Smoot, l’un des inventeurs les plus prolifiques de Walt Disney Imagineering, elle décrit un ensemble caméra, capteur de lumière non visible et projecteur, piloté par un contrôleur qui analyse en temps réel la forme et la position d’un « matériau réfléchissant dynamique » pour y adapter le contenu projeté.
Les supports envisagés sont la fumée, la brume, les nuages bas, les retombées de feux d’artifice, mais aussi des matériaux soufflés par des ventilateurs, à l’image des flammes simulées de Pirates of the Caribbean. Tous ceux qui ont vu un spectacle nocturne sur écrans d’eau chahuté par le vent comprendront l’intérêt : l’image suivrait le support au lieu de se déformer.
Ce qu’il faut retenir
Un brevet protège une idée, il ne l’installe pas. Aucune date, aucun parc et aucune attraction ne sont associés à ces documents, et rien ne dit qu’ils déboucheront un jour sur un produit. Les deux dossiers sont consultables librement sur le site de l’USPTO.
Crédit photos : © Disney / Disneyland Paris, figure du brevet © Disney Enterprises / USPTO – Sources : USPTO, demande US 2026/0245439 A1, USPTO, demande US 2026/0246909 A1, Theme Park Insider
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