Un entrepreneur roumain ambitionne de donner vie à Dracula Land, un gigantesque complexe de loisirs dédié à l’univers de Dracula, à une vingtaine de kilomètres au nord de Bucarest. Porté par Dragoș Dobrescu, un homme d’affaires ayant fait fortune dans l’immobilier, ce projet regrouperait un parc d’attractions à thème, des hôtels, un centre commercial de type outlet, une salle de spectacle multifonctionnelle, un parc aquatique, un spa thermal, ainsi qu’un circuit automobile et un pôle technologique. L’investissement initial annoncé atteint 1 milliard d’euros et le site occuperait environ 160 hectares. D’après son promoteur, Dracula Land pourrait accueillir jusqu’à 3 millions de visiteurs par an et créer 5 000 emplois directs et indirects dans la région Ces chiffres sont très ambitieux pour la Roumanie, à titre de comparaison, le pays n’a reçu qu’environ 2,38 millions de touristes internationaux en 2024, ce qui témoigne de l’envergure du projet et des attentes en matière d’attractivité touristique.
Un parc à thème en six univers immersifs
Le cœur du projet est le DraculaLand Theme Park, un parc à thème de 780 000 m² comprenant 40 attractions réparties en six zones thématiques inspirées par le mythe de Dracula et d’autres légendes fantastiques. Ces six univers immersifs prévus sont :
- Moonlit District : une grande avenue d’entrée vibrant nuit et jour, ornée d’architectures inspirées du vieux Bucarest. Cette rue principale servira de « vitrine » active du parc, avec des boutiques, restaurants et animations ouvertes toute l’année. Parmi les attractions envisagées dans cette zone figure un cinéma dynamique de type Flying Theater offrant un « voyage en Roumanie » en panoramique. Un spectacle nocturne mêlant projections et drones est également mentionné pour animer les soirées.
- Family Kingdom : un royaume fantastique peuplé de créatures surnaturelles du monde entier, pensé pour un public familial. Vampires classiques d’Europe de l’Est, ghoules du Moyen-Orient, et autres monstres légendaires cohabiteront dans des attractions ludiques adaptées aux plus jeunes. On y retrouverait par exemple un parcours scénique interactif intitulé « Going Batty » invitant les visiteurs à « devenir chauve-souris » le temps d’une aventure, ainsi que des manèges familiaux et des aires de jeu pour enfants.
- Transylvania – une immersion au cœur de la Roumanie légendaire. Cette zone, évoquant les Carpates et les villages traditionnels transylvaniens, proposera des décors pittoresques mêlés d’éléments fantastiques. On annonce notamment des montagnes russes traversant une forêt mystérieuse et un village ancien, une attraction aquatique type rivière rapide à travers une « forêt enchantée », ainsi qu’un parcours scénique sombre dans une « Forêt magique » peuplée de sorcières et de créatures folkloriques. L’objectif est d’y célébrer le patrimoine roumain tout en offrant des sensations fortes.
- Dracula’s Castle – le château de Dracula, emblème du parc, dominera physiquement et visuellement l’ensemble du site. Les visiteurs pourront arpenter les cours, les jardins et les couloirs ombragés de cette forteresse gothique fictive, inspirée à la fois du château de Bran et du château de Vlad Țepeș. À l’intérieur, plusieurs attractions phares sont prévues : « Flight of the Bat », des montagnes russes type wing coaster simulant le vol d’une chauve-souris au-dessus des remparts, et « Castle Escape », un dark ride à grande vitesse s’enfonçant dans les catacombes du château. Un labyrinthe et un parcours interactif d’exploration du château seraient également proposés, sans oublier une balade en barque sur un lac artificiel au pied des ruines. Le grand hall du château abriterait en outre un restaurant à thème pour une expérience de dîner sous l’œil de Dracula.
- Port of New Orleans – un port inspiré du quartier français de La Nouvelle-Orléans, mêlant l’ambiance jazzy de Mardi Gras à la mythologie locale des loups-garous et du vaudou. Entre façades créoles et marécages stylisés de Louisiane, cette zone proposera notamment « Werewolf Run », une montagne russe à lancements multiples où les trains se poursuivent tels une meute de loups enragés. Les visiteurs pourront également s’essayer à une course interactive en duel (Great Wolf Race) à bord de véhicules sur rail, sur fond de hurlements de loups. Des manèges festifs (carrousel « Mardi Gras » tournoyant au son du jazz) et des jeux de fête foraine compléteront l’atmosphère de carnaval nocturne.
- London Town – une reconstitution fantasmée du Londres victorien, plongé dans le brouillard et l’ambiance gothique des chasseurs de vampires. Cette zone urbaine invitera les visiteurs sur les traces de personnages à la Van Helsing, dans des ruelles sombres de style XIXe siècle. Une attraction originale proposera un parcours d’entraînement de chasseur de vampires, combinant parkour et parcours d’obstacles pour les plus intrépides. On y trouvera aussi un bateau-balançoire à l’effigie du théâtre du Globe, un petit circuit de calèches dans un jardin londonien, une grande roue (Wonder Wheel) pour surplomber la ville enfumée, ainsi que des boutiques victoriennes vendant souvenirs et accessoires gothiques. Des barques permettront de naviguer sur un plan d’eau au cœur de Londres, apportant une touche de romantisme macabre à l’ensemble.
Chaque land disposera de ses propres restaurants et boutiques intégrés dans le récit, avec des expériences de vente et de restauration dites « augmentées » par la technologie (objets souvenirs personnalisés via IA, décors interactifs, etc.), afin de prolonger l’immersion même dans les moments de pause. Parmi les attractions phares annoncées figurent plusieurs montagnes russes (par exemple Flight of the Bat dans le château, et Werewolf Run dans la zone New Orleans), un cinéma panoramique de type Flying Theater, un spectacle de drones nocturne, un parcours scénique interactif (Going Batty), un parcours d’obstacles façon parkour pour chasser les vampires, ainsi qu’une exposition interactive sur les vampires au cinéma (Hollywood Vampires). L’offre mêlera donc sensations fortes, expériences familiales et contenus culturels, le tout autour du thème fédérateur des créatures de la nuit.
Bien plus qu’un parc : une destination de divertissement complète
Dracula Land se veut un complexe touristique complet, combinant le parc à thème et de nombreuses autres composantes pour en faire une destination de séjour à part entière. Le projet inclut la construction de trois hôtels thématiques : le Dracula Grand Hotel (4★), le Dracula Family Hotel (3★+) et le Dracula Inn, totalisant 1 200 chambres. Un parc aquatique géant et un spa thermal doivent voir le jour à proximité, offrant des activités de détente complémentaires aux visiteurs. Le site comportera également un centre commercial de type outlet dédié aux marques de luxe et de mode, intégré à la zone d’entrée du complexe.
Par ailleurs, une arène multifonctionnelle de 22 500 places est planifiée, afin d’accueillir aussi bien des concerts, des spectacles, que des compétitions d’e-sport de niveau international. Cette arène modulable pourrait faire de Dracula Land une plateforme majeure pour des événements et festivals en Europe de l’Est. À cela s’ajouteraient un circuit automobile et un parc dédié aux sports mécaniques, capitalisant sur la popularité croissante de ce type de loisirs dans la région.
Enfin, le projet intègre un volet éducatif et technologique : l’aménagement d’un campus pour étudiants et d’un incubateur d’entreprises orienté tech et loisirs numériques sur le site. L’objectif affiché est de créer un hub d’innovation autour du divertissement, et de faire de Dracula Land non seulement un lieu de loisirs, mais aussi de créativité technologique. Cette approche hybride entre tourisme, culture et high-tech est présentée par ses concepteurs comme une première en Europe, cherchant à inscrire le projet dans la modernité tout en s’appuyant sur un mythe historique.
Une incursion dans le numérique : le « métavers » Dracula
Fait notable, Dracula Land est pensé comme un « écosystème hybride » mélangeant monde physique et virtuel. Les promoteurs entendent développer un jumeau numérique du parc, sorte de métavers où le public du monde entier pourra explorer virtuellement les lieux sans se rendre sur place. Ce Dracula Land virtuel permettrait de visiter les différentes zones du parc en ligne, d’interagir via un avatar personnalisé, et même d’effectuer des achats de biens virtuels ou réels. Le projet va jusqu’à prévoir sa propre cryptomonnaie, le DraculaCoin, ainsi qu’un système de NFT pour authentifier certains objets ou expériences digitales exclusives. En théorie, un visiteur pourrait donc dépenser de la monnaie DraculaCoin dans le parc virtuel comme dans le parc réel, créant une continuité économique entre les deux mondes.
Cette incursion appuyée dans le Web3 et le métavers est présentée par les concepteurs comme un moyen d’étendre l’expérience au-delà de la visite physique et de maintenir l’engagement des fans à l’année. Vlad Marinescu, président de la Fédération internationale d’e-sport, salue d’ailleurs le projet en ces termes : « Il ne s’agit pas simplement d’un parc d’attractions, mais d’un atout culturel qui renforcera la place de la Roumanie sur la carte touristique mondiale… » et note la volonté d’allier patrimoine et créativité moderne.
Néanmoins, cette dimension métavers suscite aussi une certaine prudence. En 2025, le concept de métavers a perdu de son lustre après des engouements retombés, et l’annonce d’une cryptomonnaie dédiée fait écho aux tendances spéculatives de ces dernières années. Il est légitime de s’interroger sur la réelle plus-value pour le visiteur moyen, et sur la viabilité de tels dispositifs à long terme. Le risque serait que cet aspect ne serve qu’à attirer des investisseurs en surfant sur des mots-clés à la mode (enfin qui étaient à la mode), sans garantie que le grand public adhère massivement à l’idée. Une analyse du média Attractions Magazine souligne d’ailleurs que nombre de visuels présentés sur le site officiel de Dracula Land semblent générés par intelligence artificielle, ce qui peut laisser penser que le projet en est encore au stade conceptuel et marketing plus qu’à une phase concrète de réalisation. Là où d’autres projets de parcs s’appuient sur des concept arts détaillés réalisés par des designers, Dracula Land affiche des images stylisées et futuristes mais un brin impersonnelles, reflet peut-être de son positionnement très technologique ou relevant plus d’un deck pour investisseurs.
Qui se cache derrière Dracula Land ?
Le projet Dracula Land n’émane pas des autorités publiques roumaines (bien qu’elles y soient attentives), mais d’un investissement 100% privé. Dragoș Dobrescu, l’initiateur du projet, est connu en Roumanie comme un investisseur discret du secteur immobilier, propriétaire de vastes terrains et ayant participé à divers projets urbains. Il s’est entouré de partenaires, dont un autre homme d’affaires nommé George Toader, pour porter cette vision ambitieuse. Fait notable, l’ancien Premier ministre et ex-ministre des Finances Florin Cîțu a rejoint l’aventure en tant que conseiller financier. Via sa société de conseil BNW Advisory, Florin Cîțu agit comme « architecte financier » du projet : son rôle est de structurer le plan de financement, d’attirer les investisseurs institutionnels et de sécuriser les fonds nécessaires, dans un montage financier robuste malgré la volatilité des marchés. Son implication, annoncée fin 2025, donne du crédit au sérieux du projet, tout en soulignant qu’à ce stade Dracula Land est encore en quête active de financements.
Sur le plan créatif et technique, Dracula Land fait appel à des experts internationaux. La conception du parc à thème a été confiée à Creative Studio Berlin, une société de design spécialisée dans les loisirs, fondée par le vétéran Chris Lange, un ancien directeur créatif d’Europa-Park, fort de 25 ans d’expérience dans le milieu des parcs à thèmes. Chris Lange et son équipe ont déjà travaillé sur des projets primés (ils sont lauréats d’un Thea Award pour une attraction en Allemagne), ce qui apporte une certaine crédibilité en matière de storytelling et de qualité immersive. Par ailleurs, des architectes de renom participent à la planification : le cabinet Piuarch Milano, par exemple, est mentionné pour l’architecture et l’urbanisme du site. L’équipe projet communique sur la volonté de « construire un symbole national » pour la Roumanie, combinant discipline, rigueur et créativité – selon les mots de Dragoș Dobrescu lui-même. Cette coalition d’expertise, financiers, techniciens, créatifs, est mise en avant pour rassurer sur la faisabilité d’un projet d’une telle ampleur.
Il n’en demeure pas moins que Dracula Land est à un stade préliminaire. Aucune date de début de construction n’a été annoncée et le chantier n’a pas encore démarré en cette fin 2025. Les promoteurs espèrent une ouverture échelonnée à partir de 2027 pour certaines composantes (probablement les premières zones du parc ou l’une des infrastructures), mais cela suppose que les financements se concrétisent rapidement et que les travaux avancent sans accroc. En l’absence d’annonce officielle de pose de première pierre ou de permis de construire approuvé, une part d’incertitude plane sur le calendrier réel du projet.
Perspectives et interrogations
Si Dracula Land voit le jour comme annoncé, il deviendrait le tout premier parc à thème de classe internationale en Roumanie, pays qui jusqu’ici ne possède pas de grand parc d’envergure. Le projet pourrait profiter de la forte notoriété mondiale du mythe de Dracula, une figure à 82% de notoriété mondiale selon les études citées par les promoteurs, tout en capitalisant sur un attrait touristique culturel pour la Transylvanie et le folklore vampire. Avec plus de 40 manèges et attractions prévues, ce parc rivaliserait en taille avec certains grands parcs européens. Son positionnement géographique, à proximité de l’aéroport international de Bucarest (15 minutes) et de la capitale (20 minutes), est stratégiquement choisi pour attirer aussi bien les touristes internationaux que la clientèle locale et régionale.
Cependant, le chemin est encore long pour passer du rêve à la réalité. L’histoire roumaine a déjà connu plusieurs tentatives avortées de parc Dracula. Notamment au début des années 2000, un projet gouvernemental de « Dracula Park » à Sighisoara, en Transylvanie, avait fait grand bruit avant d’être annulé suite à des oppositions d’ONG et de l’UNESCO. À l’époque, les investisseurs potentiels avaient été refroidis par un montage financier bancal, et le plan fut abandonné ou relocalisé sans aboutir. D’autres idées de parcs sur ce thème ont émergé au fil des ans sans plus de succès. Cette fois, la donne est un peu différente : le projet est privé et bien plus ambitieux financièrement, et il se situe près de Bucarest et non en pleine Transylvanie rurale, ce qui évite certains écueils logistiques. Néanmoins, l’incertitude financière demeure la principale inconnue. Réunir un milliard d’euros pour un parc de loisirs dans un pays où l’industrie des parcs est naissante n’est pas chose facile, d’autant que la rentabilité devra être au rendez-vous pour convaincre sur le long terme. L’objectif de 3 millions de visiteurs annuels peut sembler optimiste au vu des flux touristiques actuels de la Roumanie, même si une attraction d’envergure pourrait créer un appel d’air inédit.
Les observateurs appellent donc à la prudence. Le média spécialisé Attractions Magazine rappelle que bon nombre de projets de parcs d’attractions annoncés en grande pompe finissent par ne jamais voir le jour, faute de financements ou à cause de retards accumulés. Dracula Land bénéficie certes d’un buzz médiatique et de soutiens de poids, mais devra transformer l’essai concrètement. Les prochains mois seront décisifs : il faudra voir si les investisseurs internationaux répondent présents, si les études techniques et environnementales avancent, et si une première phase de travaux est lancée comme espéré en 2025-2026.
En somme, Dracula Land représente une vision audacieuse : celle de conjuguer un patrimoine légendaire, Dracula, figure emblématique liée à l’identité roumaine, avec les ressorts du divertissement moderne et de la haute technologie. S’il se réalise, ce parc pourrait repositionner la Roumanie sur la carte touristique européenne, en offrant une destination unique mêlant histoire, frisson et innovation. Mais entre le rêve et la réalité, il reste des défis de taille à relever. Factuellement, on ne peut qu’attendre de voir si ce château de Dracula sorti de terre virtuelle parviendra à s’ancrer dans le sol roumain, ou s’il restera une promesse évaporée dans les brumes de Transylvanie. Les éléments sont en place pour une aventure hors du commun, il appartient désormais aux porteurs du projet de prouver que légende et business peuvent faire bon ménage, sans que le vampirisme financier ne vienne siphonner l’âme de Dracula Land avant même sa naissance.
En attendant vous pouvez voir toute l’ambition du projet ici : https://www.draculaland.com
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